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Anturia, Amir et Ezra ...





1/ Peux-tu te présenter ?


Je m'appelle Anturia, je viens d'avoir 34 ans, je suis une meuf noire, daronne de 2 enfants, comédienne et pleins d'autres choses.

2/ Combien d’enfants as-tu ?


2.

3/ Quelles questions te posais -tu avant d’être parent.e ?


Est ce que je serais toujours moi ?

Est ce que je vais devenir une autre personne ? ... Sérieuse qui ne fait plus de blagues ?

Est ce que je serais capable de donner ce que je n'ai pas reçu ?

Est ce que je serais capable de prendre soin d'une personne si vulnérable et dépendante ? Est ce que je vais l'aimer inconditionnellement ?

Quel couple parental nous allons être ?

Est ce que je suis la seule personne noire future parente qui se bats contre son passé, ses angoisses et ses trauma ? contre le racisme, misogynie de l'état, du personnel médical, des voisin.e.s, de l'entourage.

Est ce que la maman noire que je veux être peut exister ?

Est ce que mon futur moi existe ?

4/ A quelle question aurais-tu voulu avoir une réponse sur la parentalité ?


J'aurais aimé qu'on me dise qu'avoir un enfant ravive notre enfant intérieur.

Que si on souhaite une relation authentique avec soi même et son enfant, il va falloir mettre les mains dans la merde et aller chercher dans son enfance, dans le lien avec ses parents pour espérer cette authenticité.

J'aurais aimé qu'on me réponde que oui la société ne protège pas les enfants et n'aime pas qu'on soit proche de nos enfants.

J'aurais voulu une réponse sur tous ses mythes sur l'instinct maternel ! Est ce que le post-partum ça dure toute la vie ?

C'est ça devenir mère ?

5/ Depuis que tu es parent quelle question que tu te posais a trouvé une réponse ?


Est ce que je suis capable ? OUI !

Est ce que je peux donner ce que je n'ai pas reçu ? OUI (avec un travail sur la relation de mes parents et moi // mes frères et soeurs et moi // La société et moi)

Est ce que mon futur moi existe ? OUI, il a toujours été là.

Est ce que je suis la seule personne noire future parente qui se bats avec son histoire ? NON Est ce que je serais toujours moi ? Extra MOI.

6/ Quelles sont tes inspirations de parentalité ?


J'essaie le plus possible de ne pas avoir d'attentes car mes parents en avaient beaucoup et ça me mettait la pression.

J'espère être toujours à l'écoute en tout cas que mes enfants n'aient pas peur de me parler s'ils ont envie de me dire quelque chose.

J'aspire à un foyer aimant, serein et puissant où ils pourront recharger leurs batteries.

Un endroit où ils pourront être eux sans se cacher, sans peur d'être jugé.

Je souhaite qu'ils soient eux mêmes autant que possible, qu'ils respectent leurs besoins tout en respectant ceux des autres (humain.e.s, êtres vivant.e.s, plantes... ).

Qu'ils soient ouverts au monde, qu'ils sachent qu'il n'existe pas une réalité mais plusieurs. Qu'ils soient fières d'eux.

Qu'ils savent qu'ils peuvent dire non.

Qu'ils peuvent être qui ils veulent, faire ce qu'ils aiment et jeter les normes qui enferment. J'aimerais leur transmettre le courage de mes parents. (on dirait un discours de miss France !)

7/ Qu’est ce que la parentalité t’a t-elle appris de toi ? 


La liberté : Depuis qu'ils sont nés, je suis libre d'être moi.

Je ne sais pas si inconsciemment, je me sens libérée des injonctions de la société et de mes parents à être mère alors c'est comme si je disais "F**** c'est bon maintenant."

J'ai envie qu'ils soient eux mêmes alors je ne peux pas me cacher derrière une posture et être une imposture.

De toute façon, ils le captent direct ! je peux pas tricher avec eux, je ne sais pas tricher. Depuis eux, je suis encore + moi, je suis EXTRA moi !

J'ai fait des choses que je me pensais incapable de faire. C'est comme si je m'étais révélée. Peut être que cette liberté vient de la nécessité à trouver des espaces rien qu'à soi.

Alors on devient créative !

Ma créativité s'est décuplée ! que ce soit artistiquement ou dans la vie.

Un problème ? Des solutions, des alternatives, des entourloupes, des astuces !

Quand je vois, la vivacité qu'ils ont quand ils veulent faire quelque chose, ça m'inspire et j'essaie de me déconditionner à l'échec et j'y vais !

Le lâcher prise, parfois ma maison ressemble à un chantier.

L'amour : J'ai plein d'amour en moi et de traumas *rire ironique*.

Que je suis capable d'être opérationnelle même en ayant dormi 4h !

Que je suis réellement patiente.

J'ai aussi beaucoup appris sur l'enfant / ado que j'étais.

Que mes parents étaient bienveillants avec les jeunes enfants et que ça m'a facilitée pleins de choses (le lâcher prise).

Je peux rouspéter pour les protéger des personnes malveillantes.

Je ne suis pas celle qu'on a voulu que je sois, je suis moi. EXTRA MOI !

8/ L’objet qui représente ta parentalité ?


Un long gilet gris.

Ce long gilet gris qui m'a servie de couverture de survie pendant la naissance de mon aîné. Ce long gilet gris qui m'a "caché ce sein que je ne saurais voir" quand j'ai allaité la première fois en public (devant 12 000 personnes).

Ce long gilet gris que je porte pour me camoufler et éviter qu'on m'embête dans la rue (Breaking news : Ça ne fonctionne pas !).

Ce long gilet gris qui a servi de table à langer au parc, au théâtre, à la plage, en randonnée ... Ce long gilet gris qui essuie les larmes de colère, de tristesse et de fatigue.

Ce long gilet gris qui sert de cabane quand j'allaite.

Ce long gilet gris qui devient un costume de fantôme, une cape de super héros, une chevelure longue et magique.

Ce long gilet gris ou on a enveloppé notre enfant qui était tombé dans la mare aux canards. Ce long gilet gris qui sert d'arme contre son frère.

Ce long gilet gris qui nettoie la bouche couverte de chocolat, qui essuie les mains pleine de terre ou de boue.

Ce long gilet gris qui protège du froid.

Ce long gilet gris que j'ai envie de brûler parfois tellement il peut être lourd à porter.

Ce long gilet gris qui se transforme en cabane, en tapis volet, en parapluie, en fumée volcanique.

Ce long gilet gris qui se transforme en punching-ball quand on pète un plomb.

Ce long gilet gris, une extension de moi.


9/ Quels conseils donnerais-tu à l’enfant que tu étais ?


FONCES ! Tu es unique.


10/ Quelles sont les grandes joies qui jalonnent ton parcours de parent ?


Y'en a tellement.

Quand je vois, qu'ils arrivent à faire une chose qu'ils n'arrivaient pas à faire.

Je vois leurs visage satisfaits ! C'est trop d'amour !

Quand ils disent non à une marque d'affection non désirée.

Voir leurs yeux regarder le monde (et ses inégalités aussi ...).

Nos blagues et nos délires.

Les accompagner dans leurs apprentissages et leurs passions !

Les voir évoluer et ne jamais lâcher l'affaire !


11/ Si c’était à refaire ?


Si quoi était à refaire ? Un troisième bébé ?

C'est une question que je me pose parfois.

Pendant ma première grossesse, je me suis vraiment penchée sur le féminisme, sur le patriarcat, les injonctions à être mère, j'ai lu sur le racisme que j'ai tant subi sans en saisir la gravité (en revanche, mon corps se souvient lui !).

Ce qu'on attends d'une femme noire en France.

Je me demande si j'aurais eu des enfants si j'avais connaissance de tout ça plus jeune, si je savais ce que ça impliquait comme charge mentale.

Est ce que j'ai répondu inconsciemment à ce que la société et mes parents attendaient de moi ?

Est ce que c'était un choix conscient et éclairé, totalement éclairé ? éclairé par qui ? par quoi ? qu'est ce qui nous anime ?

J'en ai eu un deuxième dans la foulée alors faut croire que oui, c'était un choix éclairé, totalement ? on ne saura vraiment jamais.

Mais si c'était à refaire, je le referais car sinon je ne serais pas la Anturia de maintenant qui a pris son envol et qui s'émancipe de plus en plus des attentes qu'on a d'elle.

J'ai la "chance" (vraiment relou de dire que c'est une chance alors que ça devrait la base) d'être avec un homme présent pour moi et les enfants.

Un homme qui est loin des schémas masculinistes, cela m'a beaucoupp facilité ma parentalité, ma possibilité d'être la mère que je suis, de pouvoir sortir danser, continuer à travailler à mon rythme, à partir en tournée ...

Je pense que ça influence beaucoup mon expérience de parentalité.

C'est aliénant d'avoir des enfants.

Je me dis qu'on les mets au monde, on leur "donne" la vie mais la mort aussi car nous sommes mortels ... et cette idée là est lourde pour moi. La peur qu'ils souffrent, qu'ils ne trouvent pas leur place dans ce monde, qu'on leur fasse du mal ...

Souvent, on découvre ça quand ils sont déjà là.

Si c'était à refaire, je le referais ou pas. Ça dépend des jours ... mais OUI, je le referais.

Je ne sais pas.

Je peux pas répondre à cette question, je crois.

Je ne veux pas de troisième enfant alors peut être est ce un élément de réponse.

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Sorore Ensemble